ARCO Madrid 2026
Kubra Khademi est une artiste Hazara d’Afghanistan de 35 ans. Elle vit en France depuis 2016. Menacée de mort en raison de son engagement artistique, elle a été contrainte de fuir son pays à l’âge de 26 ans. Née dans une famille Hazara, elle a connu une enfance marquée par l’exil et l’humiliation. Pourtant, l’expérience intime du hammam aux côtés de sa mère, de ses tantes et de ses sœurs, alors qu’elle n’avait pas encore dix ans, a éveillé en elle le désir de dessiner et ouvert un horizon de liberté. Le hammam, seul espace protégé en Afghanistan où les femmes jouissent d’une totale liberté d’expression, permet d’observer les corps nus les unes des autres et de se moquer ouvertement de la bêtise des hommes.
À son arrivée en France, Kubra Khademi a approfondi sa double pratique artistique de performeuse et de peintre, maîtrisant pleinement la technique de la gouache, qu’elle avait apprise lors de sa première année d’études d’art à Kaboul. Ses performances, qui vont du registre grave lorsqu’elles évoquent le destin des femmes sous l’emprise du patriarcat, au burlesque lorsqu’elles mettent en scène les travers masculins, ont été présentées dans de nombreux pays. Son travail à la gouache est étroitement lié à son travail performatif, l’anticipant parfois ou en constituant même une composante à part entière.
Cette série, intitulée « Pain, Travail, Liberté », rend hommage aux femmes afghanes qui luttent contre le patriarcat en général et contre la dictature des talibans en particulier. Lorsque les États-Unis ont abandonné Kaboul aux talibans le 15 août 2021, Kubra Khademi a adressé une lettre à de nombreuses femmes politiques influentes à travers le monde, les alertant sur l’avenir incertain des femmes afghanes et leur demandant d’intervenir. D’Angela Merkel à Kamala Harris, d’Hillary Clinton à Ursula von der Leyen, de Sanna Marin, alors Première ministre finlandaise, à Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia et lauréate du prix Nobel de la paix en 2011, aucune n’a répondu à son appel à l’aide. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une performance à venir réunissant, assises nues sur la banquette en céramique bleue d’un hammam, onze femmes politiques discutant de manière dérisoire de l’avenir du monde, sans même remarquer la présence de l’artiste, ni interagir avec elle alors qu’elle leur frotte le dos et leur prodigue des soins. Cette performance d’un cynisme glaçant est déjà annoncée par cette série de grands portraits frontaux, figés et à taille humaine, des responsables politiques interpellées par l’artiste en 2021, ainsi que par deux scènes de groupe en conversation dans le hammam et deux scènes de volupté sapphique.
Cette série a été présentée au printemps 2025 dans un contexte muséal à la Städtische Galerie de Karlsruhe.
ARCO
Stand 7C28, Hall 7
IFEMA Madrid, Espagne
Du 04 au 08 avril 2026

