La Galerie Eric Mouchet est heureuse de présenter le tout premier solo show de l’artiste français Samir Mougas dans son espace bruxellois. Intitulée Hard Edge, Soft Core, l’exposition réunit un ensemble de sculptures, de céramiques et de peintures, et marque une étape importante dans le parcours de l’artiste : c’est en effet la première fois que ces différentes pratiques sont montrées simultanément, révélant dans toute sa cohérence un vocabulaire plastique aussi riche que singulier.
Né en 1980, Samir Mougas développe depuis une vingtaine d’années une pratique sculpturale nourrie d’une curiosité insatiable pour les objets du quotidien et les imaginaires technologiques. Son travail puise dans un répertoire visuel délibérément hétéroclite — musique électronique, science-fiction, tuning automobile, design industriel — pour produire des œuvres qui résistent à toute catégorisation simple. Chaque série témoigne d’un appétit constant pour le déplacement des techniques et des registres, de la fonderie industrielle à la céramique émaillée, du moulage à la peinture acrylique, en passant par la résine et la génération d’images assistée par intelligence artificielle.
Au cœur de l’exposition, la série éponyme Hard Edge Soft Core (2019) réunit plus d’une vingtaine de sculptures en grès émaillé : des enjoliveurs de voiture moulés en céramique, recouverts d’émaux aux couleurs intenses et inattendues. Ces objets-là jouent sur une tension constitutive du travail de Samir Mougas : d’un côté la rigueur formelle héritée d’un design de série, policé et fonctionnel ; de l’autre une matière qui reste organique, artisanale, équivoque. En transposant ces pièces anonymes du bord de route dans le champ de la sculpture, il leur confère une présence nouvelle, à la fois familière et radicalement déplacée.
Cette ambivalence se prolonge dans les grandes sculptures récentes issues de l’exposition Intelligences ambiantes (CACN, Nîmes, 2023–2024), dont plusieurs pièces monumentales sont présentées à Bruxelles : A technologic food distribution machine with an articulated arm distributing blue sauce, Wall-mounted hyper-technologic food distribution system, Incredibly complex wall-mounted machine to braid very long sausages for starving people ou encore A wall-mounted machine with a lot of components to distribute green and blue food and meals. Générées à partir de prompts soumis à des outils d’intelligence artificielle, puis traduites en volume par l’artiste — résine, polystyrène, bois, peinture acrylique — ces sculptures-machines imaginaires convoquent à la fois la chaine de montage, le robot de cuisine et la dystopie alimentaire. Ni fonctionnelles ni tout à fait fictives, elles incarnent ce que l’artiste appelle des « objets désaffectés » : des formes qui portent déjà en elles l’idée de la ruine et d’un monde possible.
L’exposition présente également un ensemble de peintures sur toile et sur papier réalisées en 2021, dont les séries Human Experience: Spam Factory et des toiles telles que Last Flash, Genetic District, Timecode, Alerte bleu ou Formes englouties. Ces œuvres, aux compositions rythmées de formes géométriques et de cercles colorés sur des fonds quadrillés, prolongent sur le plan pictural les mêmes obsessions formelles : la sérialité, la répétition, la tension entre le systématique et le sensible. Présentées pour la première fois aux côtés des céramiques et des grandes sculptures, elles révèlent la profonde cohérence d’une pratique qui circule librement entre les médiums sans jamais se laisser enfermer dans l’un d’eux.
Samir Mougas enseigne la peinture et la céramique à l’EESAB Quimper depuis 2017. Son travail est présent dans plusieurs collections publiques et privées, et a fait l’objet de textes critiques de Jill Gasparina, Claire Kueny, Guilhem Monceaux et Bertrand Riou, entre autres. Il est représenté par la Galerie Eric Mouchet Paris/Bruxelles depuis 2016.
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