Dans le sillage de l’œuvre et de l’engagement de la plasticienne et performeuse Kubra Khademi, la Galerie Eric Mouchet réunit, pour la première fois en Europe, douze artistes contemporain·es hazāras, originaires d’Afghanistan, d’Iran et du Pakistan. L’exposition invite à l’exploration d’univers artistiques singuliers, extraits d’une destinée collective, où le textile est un hommage, le souvenir s’écrit en rouge, et la résistance en miniature.
En toile de fond des mythes séculaires, des légendes familiales, et des récits biographiques rassemblés ici, défilent les collines de Kaboul et de Quetta, les reliefs du Hazāradjat, et de la vallée de Bāmiyān, où logeaient autrefois deux gigantesques bouddhas en pierre du 6ème siècle. Ces derniers, dynamités en 2001 par les talibans, ont laissé deux trous dans la falaise. Et l’image, pour de nombreux·ses Hazāras, d’une montagne meurtrie, symbole du souvenir et allégorie de la résistance, à laquelle l’œuvre du poète et artiste visuel Elyas Alavi semble s’adresser. Qayro ke douuuuuuuuuri (Hélas, que tu es loooooooooin) est une phrase-paysage, l’expression simple d’une nostalgie qui irradie et qui voyage comme un écho. Sanctuaire politique et spirituel face à la violence, la montagne est, à travers l’exposition, une trame affective sur laquelle les œuvres tissent et assemblent la douleur et la douceur, l’oubli et la nostalgie, l’ardeur et la candeur. Elle incarne une cartographie poético-politique de l’espoir et du souvenir, reflet de l’oppression, des luttes et des aspirations de la communauté hazâra.
Ham Sāya Kouh Hā s’inspire d’une progression géographique et mentale à travers un paysage au relief paradoxal, mi refuge, mi impasse. De pentes arides en sillons fertiles, de quartiers meurtris en collines fleuries, l’exposition dessine un panorama des lignes de crête identitaires et artistiques. De l’immersion, proposée par Feroza Hakeem, au cœur d’une nature gardienne du manque et du souvenir, jusqu’à la promesse ultime du ralliement sous la bannière combattive de Kubra Khademi, en passant par le geste mémoriel, patient et salvateur de Latifa Zafar Attaii, et la recherche pudique des origines dans les strates de l’histoire orale et familiale chez Parwana Haydar, les artistes dessinent collectivement cet horizon comme un mirage, si proche, si loin, que l’on appelle en persan la « montagne derrière les montagnes » .
Les œuvres présentées ici viennent de Melbourne, de Kaboul et de Quetta. Des rives de la Méditerranée, de Londres, et des faubourgs de Téhéran. Elles sont les fragments discrets mais lourds de sens d’un travail d’archivage toujours en cours, d’une émancipation intime, collective, résolument politique. À la façon des pierres et de la terre qui ensemble font les montagnes, elles s’assemblent, résonnent, et sédimentent.
Emile Drousie
Avec les oeuvres de :
Elyas Alavi
Sher Ali
Feroza Hakeem
Parwana Haydar
Ibrar Hussain
Fati Khademi
Kubra Khademi
Fazil Mousavi
Ali Rahimi
Mohammad Sabir Sabir
Mohsin Taasha
Latifa Zafar Attaii
[1] Ramin Mazhar, “Mountain,” in Love, Exile, Freedom: The Revolt of Afghanistan’s Poets, 2025, Calmann-Lévy. (Translated from Persian by Belgheis Alavi)
PLUS D’INFORMATIONS :
// Dossier de presse
// Ham Sāya Kouh Hā – Du côté de la montagne, à l’ombre (24.01-07.03.2026) | Paris
Expositions