ART BASEL PARIS 2026
Robert Michel
Après le crash de son avion en 1916, alors qu’il était pilote d’essai, Robert Michel, âgé de dix-neuf ans, trouva refuge à l’École des Beaux-Arts de Weimar, où il se rétablit de ses blessures. Entouré d’artistes pendant sa convalescence, il se mit à peindre. Ses premiers paysages, nourris de son expérience du vol, comptent parmi les premiers de l’histoire de l’art à adopter une vue à vol d’oiseau, soulignant une vision brutaliste de la ville. Inspirée par la manière futuriste de représenter le mouvement ainsi que par sa propre passion pour la vitesse et la technologie moderne, son œuvre regorge dès lors de références mécaniques.
À partir de 1918, il développa un mode d’expression très personnel, presque psychédélique et fantastique. Il peignit des paysages tridimensionnels irréalistes, aux compositions complexes, où d’énormes roues dentées se mêlent à toutes sortes de moyens de transport, des trains aux avions et des voitures de course aux bateaux.
En 1919, après les soulèvements qui conduisirent à l’abdication de l’empereur, la nouvelle République allemande prit forme à Weimar. Engagé politiquement et proche du nouveau président social-démocrate Friedrich Ebert, Michel se mariait et attendait la naissance de son premier enfant. Il assista à la création de la nouvelle école du Bauhaus de Gropius et fonda, avec l’artiste Johannes Molzahn et sa propre épouse Ella Bergmann-Michel, la section de Weimar du mouvement Dada. En contact avec la plupart des figures clés du mouvement, il vivait dans l’environnement le plus excitant et le plus moderne dont un artiste puisse rêver. Walter Gropius l’invita à participer à une exposition de quatre artistes annonçant l’ouverture prochaine du Bauhaus.
Pendant les deux années suivantes, l’artiste créa un corpus de quelques dizaines d’œuvres qui recèlent toujours plus de mystères. Toujours inspirés par la mécanique, mais aussi par les contes de fées, les idées du Bauhaus sur l’architecture et les superstitions, les peintures et dessins réalisés par Robert Michel entre 1919 et 1921 figurent parmi les œuvres modernes les plus énigmatiques qui soient. Les figures humaines ressemblent à des marionnettes désarticulées ou mécaniques, placées dans des paysages industriels en perspective axonométrique et entourées de chats noirs, d’instruments de mesure, de fenêtres aux rideaux tirés, de chevaux, de moustaches, de lettres, de chiffres et de symboles kabbalistiques qui n’ont pas encore livré leurs secrets.
À la suite de l’accord signé entre la galerie et la succession de l’artiste, nous avons chargé deux jeunes historiens de l’art allemands d’étudier la signification profonde de l’imaginaire de Robert Michel entre 1919 et 1921. Nous serons en mesure de proposer aux visiteurs d’Art Basel Paris un catalogue entièrement illustré, comprenant une étude savante et stylistique de cette série d’œuvres exceptionnelle et rare.
La collection d’une vingtaine d’œuvres que nous présentons dans la section Premise d’Art Basel Paris 2026 est le fruit de plus de vingt ans d’engagement, de recherches et d’acquisitions. Des œuvres d’une qualité comparable ne peuvent être vues qu’au Los Angeles County Museum of Art et au Sprengel Museum de Hanovre.
Ella Bergmann développe dès 1918, une œuvre sur papier futuro-dadaïste très engagée. Cet engagement politique la fait côtoyer Friedrich Ebert, le premier président social-démocrate de la République de Weimar. Elle est la seule femme qui figure parmi les 4 artistes invités par Walter Gropius en 1919 à exposer pour annoncer l’ouverture prochaine du Bauhaus.
Durant les années 1920, ses dessins abstraits analysent et extrapolent la décomposition de la lumière au travers d’un prisme et sa circulation à travers les lentilles des projecteurs cinématographiques. La famille s’installe dans les environs de Francfort. Ella y reçoit de nombreux artistes et intellectuels et s’investit corps et âme dans le projet social, artistique et architectural du « Neue Frankfurt », pour lequel elle développe des talents de publicitaire et de cinéaste. Avec Robert Michel et Kurt Schwitters, elle traverse les Pays-Bas en voiture à la rencontre de Piet Mondrian et Hannah Höch. En 1925, Ella expose avec Robert Michel, El Lissitzky et Kurt Schwitters au Nassauischer Kunstverein de Wiesbaden. Katherine S. Dreier et Marcel Duchamp couronnent ce début de carrière en lui achetant des œuvres pour la collection « Société Anonyme, Inc. ».
Entre 1931 et 1933, Ella Bergmann réalise 5 films de conception très avant-gardiste et à portée politique. Elle nous fait découvrir l’état social de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, en filmant les soupes populaires et les marchands à la sauvette réprimés, et en documentant également les apports de l’architecture moderne de Mart Stam au confort de vie des personnes âgées.
Lors du tournage d’un film où elle saisit les manifestations populaires à l’occasion des élections de 1933, Ella Bergmann est arrêtée par la police politique, et, plus tard, le régime Nazi inscrit le couple au titre des artistes dégénérés. Ella Bergmann organise le départ de sa famille pour Londres, mais son mari refuse de quitter sa maison familiale et le couple passe la guerre à Francfort.
Recluse, et brisée par la destruction de nombre de ses œuvres majeures de jeunesse dans l’incendie de sa maison familiale à Paderborn en 1945, Ella Bergmann reprend son activité artistique longtemps après la fin de la guerre. Dans les années 1950 et 1960, elle s’adonne, toujours avec une longueur d’avance, à une forme d’expressionnisme abstrait puis à l’op art, dont les jeux optiques témoignent de la continuité de son intérêt pour le déplacement de la lumière.
Son œuvre cinématographique est régulièrement montrée dans le monde entier. Un fonds important d’œuvres d’Ella Bergmann et de son mari, fait l’objet d’un prêt de longue durée au Sprengel Museum de Hanovre.
ART BASEL PARIS
Grand Palais, Paris 8e
Stand O.P11
Du 23 au 25 octobre 2026
artbasel.com
// Robert Michel
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